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7 novembre 2007
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Réflexions au sujet du Forum sur la littérature nationale
du 1er novembre 2007 à Montréal
Forum sur la littérature nationale... industrielle
Dans un communiqué de presse publié sur
Marketwire le 22 octobre dernier, on pouvait lire : «L'Association nationale
des éditeurs de livres (ANEL) et l'Union des écrivaines et des écrivains
québécois (UNEQ) rendront publiques les conclusions du Forum sur la littérature
nationale au Centre d'archives de Montréal, le 1er novembre prochain.» En fait,
il fut uniquement question de la littérature nationale «industrielle».
Nous en avons pour preuve la présentation exclusivement économique de cette
«littérature nationale» signée par
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l'Association nationale des éditeurs de livres (ANEL) et l'Union des Écrivaines
et des Écrivains Québécois (UNEQ), les organisateurs du forum:
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Le livre, "un poids lourd" de la culture
québécoise
L'industrie du livre est en pleine croissance
au Québec. Chaque année, 4 400 titres sont édités. Quant aux revenus
attribuables à la vente de livres, ils étaient de 731 M$ en 2005 par
rapport à 616,2 M$ en 2001. C'est bien supérieur à ceux que génèrent
le disque (288 M$, en 2001) et le spectacle de variétés (127,6 M$,
en 2005). Le marché du livre équivaut à celui du film dont le
chiffre d'affaires est d'environ 800 M$ par an (les recettes en
salles et les revenus du DVD). Soulignons également qu'on comptait 4
300 professionnels de l'écriture au Québec en 2003-2004, dont près
de 1 400 écrivains, et que 10 552 emplois dépendaient de l'industrie
du livre, en 1998.
Source |
Les écrivains dont il est question ci-dessus sont nul autre que les 1,389
membres de l'UNEQ, d'où que l'on affirme dénombrer «près de 1 400 écrivains». On
se souviendra que l'UNEQ n'accorde pas le titre d'écrivain à «toute personne qui
compose des ouvrages littéraires», comme le font les dictionnaires. L'UNEQ a sa
propre définition de l'écrivain liée aux conditions de son membership:
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Membre
titulaire
Si vous êtes le seul auteur d'au moins deux livres – d'un minimum de
48 pages – publiés par une maison d'édition reconnue et que ces deux
livres appartiennent à l'un ou l'autre des genres suivants : le
roman, le récit, la nouvelle, le conte, la poésie, le théâtre,
l'essai. On entend par maison d'édition reconnue une maison
d'édition subventionnée ou qui fait partie d'une association
d'éditeurs.
Cotisation annuelle - Membre titulaire : 140 $
Source |
Si vous ne correspondez pas cette définition, par exemple, parce que vous êtes
l'auteur ou le coauteur d'un seul livre ou parce que vous êtes un auteur
autoédité, on vous offre de devenir «membre associé» plutôt que «membre
titulaire».
Membre associé
-
Si vous êtes le seul auteur ou le coauteur
d'un livre – d'un minimum de 48 pages – publié par une maison
d'édition reconnue et que ce livre appartient à l'un ou l'autre
des genres suivants : le roman, le récit, la nouvelle, le conte,
la poésie, le théâtre, l'essai, l'étude (littéraire, artistique,
psychologique, scientifique, historique, sociologique,
politique) ; la thèse, le mémoire ; le pamphlet ; la biographie
; le recueil d'articles, d'entretiens ou d'entrevues ; le
recueil de paroles de chansons ou de monologues.
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Si vous avez publié au moins un livre – d'un
minimum de 48 pages – qui est : un livre autoédité ; un livre
d'artiste, un livre-objet, une bande dessinée ; un cahier de
paroles et musique de chansons, un recueil d'histoires drôles ;
un catalogue d'exposition ; un dictionnaire, un atlas, une
encyclopédie ; un guide ou un manuel (pédagogique, scolaire,
religieux, de psychologie populaire, etc.) ; un livre pratique
(recettes de toutes sortes), un cahier d'exercices ; un
répertoire, un index, une compilation, une bibliographie, une
chronologie, une généalogie ; un rapport, une enquête.
-
Si vous êtes le seul auteur ou le coauteur de
la traduction ou de l'adaptation d'un livre – d'un minimum de 48
pages – publié par une maison d'édition reconnue dans les genres
précédemment nommés.
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Si vous êtes le directeur ou le codirecteur
de publication des actes d'un colloque, d'un congrès ou d'un
séminaire.
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Si vous avez publié un livre pour enfants
d'au moins 24 pages.
Cotisation annuelle - Membre associé : 115 $
Source |
Seul le membre titulaire a droit au titre d'écrivain tandis que les autres y
sont uniquement associé.
Les auteurs édités par une maison d'édition en ligne sur Internet ne peuvent pas
devenir membres titulaires parce que cette maison d'édition ne correspond pas à
la définition d'une maison d'édition reconnue selon l'UNEQ: «On entend par
maison d'édition reconnue une maison d'édition subventionnée ou qui fait partie
d'une association d'éditeurs.» L'édition en ligne au Québec n'est pas
subventionnée et il n'y a aucune association d'éditeurs auquel l'éditeur en
ligne peut se joindre car on prend pour acquis que pour être reconnu comme
éditeur, ce dernier doit distribuer ses livres en librairies, ce qui n'est pas
le cas des éditeurs en ligne sur Internet.
Aussi, les auteurs édités à compte d'auteur ne peuvent pas devenir membres de
l'Union des Écrivaines et des Écrivains Québécois et les éditeurs à compte
d'auteur ne peuvent pas devenir membres de l'Association nationale des éditeurs
de livres (article 6.1 des Règlements généraux).
Somme toute, lorsque l'UNEQ et l'ANEL parle de «littérature nationale», elles
font principalement allusion aux livres dont l'édition est subventionnée par
l'état et qui se retrouvent en librairies, bref, de la littérature nationale
industrielle. La préoccupation n'est pas littéraire mais économique. C'est de
prospérité dont parle Stanley Péan, président de l'Union des Écrivaines et des
Écrivains Québécois:
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"De ce
chemin de Damas qui est le nôtre et au bout duquel nous arrivons
donc aujourd'hui, nous espérons le changement d'attitude radical qui
nous permettra de relever tous les défis que posent notre projet de
conquête d'un espace tenu pour nécessaire à la prospérité de notre
littérature... "
Stanley
Péan, président de l'UNEQ
Source |
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L'Association
nationale des éditeurs de livres
confond une fois
encore l'histoire de la littérature québécoise avec sa propre
histoire
Quand le président de l'Association nationale des éditeurs de livres se réfère
à «la courte histoire de notre littérature», il fait sans doute allusion à la
courte histoire de «l'industrie québécoise du livre» née au cours des années 60
grâce aux subventions gouvernementales, comme le fait d'ailleurs le Gouvernement
du Québec dans son portail international. |
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«Littérature
La littérature québécoise est relativement jeune. Vers la moitié du
19e siècle, on voit apparaître les premiers écrits québécois. Ces
derniers s'inscrivaient dans un courant nationaliste dépeignant une
société rurale, axée sur la famille, la terre et la religion. Parmi
les romans du terroir on trouve « Menaud, maître-draveur » (1937) de
Félix Antoine Savard, « Le survenant » (1945) de Germaine Guèvremont
et « Trente arpents » (1938) de Louis Ringuet (pseudonyme de
Philippe Panneton). Cette tendance se maintient jusqu'à la Seconde
Guerre mondiale où, durant l'après-guerre, on remarque une
préférence pour les romans de mœurs urbaines. Cette littérature
d'observation, réaliste et contestatrice, compte parmi ses grands
titres « Les Plouffe » (1948) de Roger Lemelin. C'est en 1960, avec
la Révolution tranquille, que l'industrie de la littérature
québécoise commence à se doter de véritables structures. Sortant de
la période dite de « grande noirceur », les écrivains québécois
revendiquent leur identité culturelle. C'est le foisonnement de
nouveaux auteurs. Aujourd'hui, au Québec, il se publie environ 4 000
titres par année.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec vous permettent
d'accéder aux richesses du patrimoine documentaire québécois et
universel.»
Source : Portail international du gouvernement du Québec |
En fait, l'histoire de notre littérature ne remonte pas «vers la moitié du 19e
siècle» mais à au moins 1757, année où on a relevé l'existence d'un cercle
littéraire à Québec. (Source)
Il faut lire l'insignifiante «Brève
histoire du livre» publiée sur le site de l'Association nationale des
éditeurs de livres pour comprendre à quel point cette organisation d'industriels
du livre confond l'histoire de notre littérature avec sa propre histoire...
économique.
La littérature est une chose, l'économie qui l'exploite en est une autre.
L'écrivain n'attend pas qu'une librairie ouvre ses portes dans son village ou
son quartier pour se lancer dans la composition d'une oeuvre littéraire. C'est
en son âme et conscience que naît et vit la littérature, qu'importe l'économie
du livre.
L'UNEQ et l'ANEL nous laissent croire que la littérature nationale québécoise
vit et vivra que si l'économie du livre se porte bien, d'où leurs demandes
d'investissements sans cesse répétées. La dernière en liste à l'occasion de ce
forum sur la littérature nationale:
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Plus
forts et solidaires que jamais, les acteurs du milieu du livre
lancent maintenant la balle aux gouvernements pour qu'ils annoncent
à leur tour les mesures qu'ils entendent prendre pour appuyer ces
efforts considérables qui ont été déployés dans le milieu.
Source |
Dans les sociétés affairistes où l'économie de la littérature prime sur la
littérature elle-même, l'écrivain veut faire de l'argent avec son livre. Les
nouveaux auteurs sont plus particulièrement vulnérables à cette motivation
mercantile. On se met à l'écriture pour en faire un loisir... payant. Plusieurs
rêvent de vivre de leurs écrits avant même de jeter sur papier le premier mot de
leurs oeuvres. Ils se voient déjà accorder des entrevues aux médias et animer
des conférences pour mousser la vente de leurs livres. En bout de ligne, la
littérature devient un simple accessoire pour faire de l'argent, être reconnu et
aimé du plus grand nombre de «consommateurs».
Certes, on mettra de l'avant d'autres intentions soigneusement anoblies mais
très vites trahies par le comportement sur le terrain, notamment, par les
demandes adressées à l'éditeur. L'auteur voudra une redevance plus élevée pour
faire plus d'argent sur la vente en librairies, un rabais plus substantiel sur
les exemplaires qu'il achète pour faire plus d'argent à la revente à ses
contacts, voire une redevance sur ces exemplaires qu'il achète à rabais pour
lui-même, un plus grand nombre de copies médias gratuites, des signets, des
affiches, des annonces dans les médias, une place plus vendeuse en librairies,
un plus grand nombre d'invités au lancement pour vendre un plus grand nombre
d'exemplaires,...
Certaines personnes associeront mon propos au soit disant fait que les Québécois
perçoivent négativement les gens qui font ou qui cherchent à faire plus d'argent
que les autres. Mais ce n'est pas mon cas, même à l'égard de l'industrie du
livre et de ses acteurs.
Ce que je dénonce ici, c'est l'appropriation de la
littérature par l'industrie du livre. Cette industrie laisse croire aux auteurs
et aux lecteurs que son produit est la littérature, que la littérature à
défendre et digne d'une aide gouvernementale est uniquement celle qu'elle édite,
distribue et vend. Or, cette industrie refuse plus de 90% des manuscrits soumis
à son attention! En d'autres mots, quand un lecteur visite une librairie, il y
trouve moins de 10% des ouvrages littéraires québécois parce que les éditeurs en
rejettent 90%. Et ces refus sont principalement motivés par des critères
commerciaux ou purement économiques. Vous n'allez tout de même pas me dire que
seulement 10% des ouvrages littéraires québécois méritent de faire
officiellement partie de la littérature, à moins d'admettre qu'il s'agit ici
uniquement de la littérature industrielle!
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L'industrie du livre
brandit encore et toujours
le spectre de la pauvreté en ses rangs même si elle soutire déjà 40
M$ de nos taxes et de nos impôts aux gouvernements
L'industrie du livre n'est dépositaire que de 10% de la littérature
québécoise mais elle s'accapare 100% de l'aide gouvernementale. En
2005-2006, cette industrie a obtenu une aide financière de
15,124,099 $ de la So- |
ciété de développement des entreprises culturelles du gouvernement Québec (SODEC), soit
la plus grande aide accordée par une province ou un territoire du Canada à son
industrie du livre(Source).
Elle aussi reçu 14,200,000 $ dans le cadre du du volet «Aide aux éditeurs» du «Programme
d'aide au développement de l'industrie de l'édition» du ministère du Patrimoine
canadien du gouvernement du Canada, 4,216,319 $ du Conseil des arts du Canada
dans le cadre du programme «Aide
à l'édition de livres : Subventions globales» (Source),
2,945,752 du Conseil des arts et des lettres du Québec (Source)
et 4,271,200 $ des «Projets de développement des collections des
bibliothèques publiques autonomes» réservés à l'achat de livres (Source).
Au total, l'industrie du livre puise 40,757,370 $ des taxes et des impôts que
nous versons aux gouvernements du Québec et du Canada.
Évidemment, l'industrie du livre ne se contente pas de ces aides nationales;
elle gruge aussi tout ce qu'elle peut sur les scènes régionales et municipales,
notamment une part des 6,116,400 $ dans le cadre des «Ententes
de développement culturel» entre les villes et le ministère de la Culture,
des Communications et de la Condition féminine du Québec (Source). Par exemple,
l'industrie du livre va chercher 402,000 $ au Conseil des arts de la ville de
Montréal (Source), 72,500 $ au
Conseil des arts de la ville de Québec (Source)
et ainsi de suite auprès de 64 autres villes ou municipalités régionales de
comté (Source).
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Avec plus de 40 millions de
dollars en subventions et en crédits d'impôt gouvernementaux qui lui
permettent de réaliser bon an mal an un chiffre d'affaires dépassant
les 730 millions de dollars, l'industrie du livre a osé se dire
pauvre et crier famine lors de ce forum sur la littérature
nationale. |
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Forum sur
la littérature nationale - Des mesures dispersées pour en finir avec
la pauvreté du milieu du livre
Les
acteurs du milieu littéraire québécois sont pauvres. Gaston
Bellemare, le président de l'Association nationale des éditeurs de
livres (ANEL), va jusqu'à parler à leur sujet d'«anorexie». «Les
[petits] éditeurs doivent souvent exercer un autre métier pour
vivre», souligne-t-il, ce qui est d'ailleurs aussi largement le cas
des auteurs. C'est ce constat qui a lancé les discussions au forum
sur la littérature nationale, qui se concluait hier au Centre
d'archives de Montréal, rue Viger.
Le
Devoir, Caroline Montpetit, Édition du vendredi 2 novembre 2007
Source |
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La littérature québécoise représente tout de même 40 % des ventes du
genre; certains industriels visent 60 %.
Entre-temps, «les éditeurs partagent la pauvreté de leurs auteurs»,
prétend Gaston Bellemare qui partageait aussi avec un
auteur la présidence de ce forum : Stanley Péan, président de
l’Union des écrivains québécois (UNEQ), qui réclame des intervenants
«un changement radical d’attitude garant de la suite du monde».
La presse, Daniel Lemay, Édition du vendredi 2 novembre 2007
Source |
Qu'on me nomme un seul éditeur si pauvre qu'il est bénéficiaire de l'aide
sociale et doive fréquenter les
banques alimentaires,
les Magasins-Partage
ou Jeunesse au
Soleil. Depuis plusieurs années, l'industrie du livre a pris la très
mauvaise habitude de brandir le spectre de la pauvreté pour soutirer une part
toujours plus importante des taxes et des impôts que nous versons aux
gouvernements. Elle en vient ainsi à banaliser la pauvreté.
Que les petits éditeurs qui ne parviennent pas à générer suffisamment de profit
pour s'assurer le salaire d'un employé permanent et «doivent souvent exercer un
autre métier» n'est pas une
tare. Il y a des
centaines d'aspirants entrepreneurs dans la même situation, à une différence
près: ils n'ont généralement pas droit à une aide gouvernementale en raison de
leur statut ou du secteur d'activités, contrairement aux petits éditeurs.
Quant aux auteurs, seuls ceux qui se retrouvent sur l'aide sociale parce qu'ils
misent exclusivement sur l'écriture pour vivre sans y parvenir sont réellement à
plaindre. S'il est vrai que la très grande majorité des auteurs québécois ne
vivent pas de leurs écrits, ils ne sont pas pour autant «pauvres» puisque
l'écriture est pour eux un loisir en marge de leur emploi ou une activité de
leur retraite.
Si l'industrie du livre se soucie réellement de la pauvreté, qu'elle viennent
elle-même en aide aux auteurs assistés-sociaux en partageant ses subventions et
ses revenus avec eux. Mais qu'importe l'augmentation des subventions
gouvernementales à l'industrie du livre, les redevances aux auteurs demeurent à
toutes fins pratiques les mêmes depuis plusieurs années: 10%.
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Les statistiques qui suivent sont
tirées de l'étude Les chiffres des mots - Portrait économique du
livre au Québec, Marc Ménard, Société de développement des
entreprises culturelles, gouvernement du Québec, 2001, page 133, pp
149-150.
Source |
Or, l'éditeur touche en moyenne 3,802 $ d’aide publique par titre édité
et, le cas échéant, un crédit d'impôt de 1,517 $ représentant 20 % du coût de
préparation et 10 % des frais d’impression du premier tirage, pour un grand
total de 5,319 $ d'aide financière gouvernementale par titre édité.
En moyenne, pour lancer un livre de littérature générale, un éditeur devra
avancer 12,360 $. Le gouvernement versera une aide de 5,319 $ et couvrira ainsi
43% de ces coûts de production du livre. En fin de compte, l'éditeur déboursera
seulement 7,041$ ou 57% de ses coûts totaux.
Trouvez moi une industrie qui ose se dire pauvre alors que le gouvernement
assume 43% des coûts de production.
Le revenu net de l'éditeur par exemplaire est de 7.43 $ et celui de l'auteur est
de 1.97$. Avec des ventes moyennes de 2,437 exemplaires, l'éditeur aura un
revenu net de 18,108$ et celui de l'auteur sera de 4,801$. Mais les ventes
atteignent rarement la moyenne de 2,437 exemplaires. En poésie, le tirage moyen
est de 445 exemplaires et le prix de vente moyen par exemplaire est de 16,51$,
ce qui procurera au poète un revenu net de seulement 734.69$ (10% X (445 X
16.51$), si les 445 exemplaires imprimés sont vendus.
Ce qu'il faut comprendre de ces statistiques, c'est que vivre de ses écrits au
Québec est une utopie. Les plus récentes données indiquent que seulement 200
personnes vivent de leurs écrits au Québec. Et par «écrits», on n'entend pas
uniquement la littérature mais aussi les articles vendus aux médias écrits, les
textes rédigés pour des entreprises privées,... Au Québec, l'écriture est un
loisir pour la très grande majorité des auteurs. Et ce loisir rapporte
financièrement contrairement à la plupart des autres loisirs. De plus, ces
redevances ne sont pas imposables au Québec; le gain de l'écriture est clair
d'impôt au Québec. C'est là un loisir intéressant. Un auteur ne peut pas
réellement espérer se sortir de l'aide sociale avec un tel revenu. De plus, si
les redevances que l'auteur assisté-social reçoit ne sont pas imposables, le
ministère de la solidarité sociale voit la chose d'un autre oeil. Il réduira la
prestation de l'auteur assisté-social du même montant des redevances qu'il
reçoit de la vente de son livre. Les auteurs assistés-sociaux sont rares mais il
n'en demeure pas moins les seuls réellement concernés par la pauvreté
contrairement aux prétentions de Gaston Bellemare, le président de l'Association
nationale des éditeurs de livres.
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Démocratisation de
l'accès à l'édition :
un sujet oublié
Comment l'Association nationale des éditeurs de livres peut-elle prétendre que
son tout premier objectif est de «défendre la liberté d’expression» alors que
ses membres refusent plus 90% des manuscrits soumis par nos auteurs? |
Et comment l'Union des Écrivaines et des Écrivains Québécois peut-elle lutter
pour la liberté d'expression (source)
alors qu'elle censure les auteurs édités à compte d'auteur en se refusant à les
représenter? Or, on sait que les auteurs édités à compte d'auteur ou qui
décident de payer pour se faire éditer sont souvent ceux que l'industrie du
livre a refusé d'éditer. C'est quoi l'affaire: est-ce que l'UNEQ croit que
l'auteur qui a les moyens financiers de retenir les services d'un éditeur à
compte d'auteur se trouve ni plus ni moins qu'à acheter le titre d'écrivain et,
ce faisant, on le refuse? Est-ce à dire qu'un écrivain est digne de ce titre que
s'il est édité par un éditeur traditionnel ou s'autoédite? Par cette contrainte,
l'Union des Écrivaines et des Écrivains Québécois viole la Déclaration
universelle des droits de l'homme en raison du libre choix du moyen
d'expression, ce qui inclut le livre à compte d'auteur.
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Déclaration universelle des droits de l'homme
Article 19
«Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce
qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et
celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations
de frontières, les informations et les idées par quelque moyen
d'expression que ce soit.»
Source |
L'industrie du livre et les gouvernements qui la supportent financièrement sont
discriminatoires. C'est le thème de la démocratisation de l'accès à l'édition
qui aurait du être au coeur de ce Forum sur la littérature nationale québécoise.
Mais notre industrie du livre a beaucoup trop de préjugés pour le reconnaître et
s'impliquer.
Serge-André Guay, président
Fondation littéraire Fleur de Lys
contact@manuscritdepot.com
7 novembre 2007
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